Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 14:07








Les archives des affaires étrangères recèlent bien des trésors. Ainsi, cette curieuse missive adressée en avril 1758 au marquis de Marigny, alors ministre en charge des manufactures du roi. Son auteur se présente sous le titre de comte de Saint-Germain. Il explique qu'il a fait de grandes découvertes dans l'amélioration des procédés de teinture, chez lui en Allemagne, et qu'il serait heureux d'en faire profiter le royaume de France. Cette lettre est une véritable perle documentaire, puisqu'elle émane de l'homme qui allait fasciner l'Europe entière pour ses prétendues qualités d'alchimiste ! Considéré à juste titre comme le sphinx du XVIIIe siècle, le comte de Saint-Germain reste encore aujourd'hui une énigme. La plupart des encyclopédies s'accordent à le qualifier de simple aventurier, tant sa naissance et ses motivations à vouloir approcher les têtes couronnées demeurent obscures, son nom est associé à la fameuse pierre philosophale, mais les mythes ont toujours fait une part belle à l'imagination.

S'affichant auprès de la haute noblesse, il passe en effet pour un violoniste virtuose au sein du monde musical de la capitale britannique. Walpole parle de lui en ces termes:" Il chante et joue du violon à merveille, il compose, il est fou et déraisonne. " Le célèbre éditeur Walsh publie d'ailleurs une dizaine de ses compositions entre 1745 et 1765. Il quitte l'Angleterre aux alentours de 1746 et ne fait pas parler de lui pendant plus de 10 ans. Où disparaît-il ? On le dit aux Indes ou à la cour du Shah de Perse, mais la véracité de ces séjours lointains est plus que douteuse. Si l'on s'en tient à la lettre qu'il écrit au marquis de Marigny en 1758, il faut croire qu'il se retire sur ses terres en Allemagne pour s'adonner à l'une de ses grandes passions : la chimie. Sa démarche auprès du ministre de Louis XV n'est sans doute pas anodine. Le marquis n'est autre que le frère de Mme de Pompadour, une recommandation éventuelle pour obtenir audience à Versailles. D'abord sceptique, le ministre se laisse finalement convaincre et lui fait aménager plusieurs appartements du château de Chambord pour parachever ses expériences .

Présenté ensuite à la Favorite, celle-ci est rapidement séduite par la singularité de cet aristocrate savant et polyglotte. Elle décèle en lui un moyen de distraire un peu le roi, véritable " martyr de l'ennui " d'après les dires de Casanova. La passion pour les sciences rapproche effectivement les deux hommes. Louis XV est impressionné par les connaissances de ce comte qui arbore des diamants plus gros que les siens. Il lui accorde bientôt toute sa confiance, participant à l'occasion aux travaux sur les fameuses teintures qui doivent améliorer la qualité des tissus français  . . . .

Une généalogie compliquée

Si l'on se remémore les propos de Walpole, le comte de Saint-Germain ne porte pas ce titre par droit de lignée ou faveur royale. D'après Mme du Hausset, Louis XV semblait être dans la confidence de ses origines familiales, car " il ne souffrait pas qu'on parle du comte avec mépris et railleries. " Dans un autre passage, elle écrit que " le roi en parle quelquefois comme étant d'une illustre naissance. " Mme de Genlis, à qui Saint-Germain rendit de fréquentes visites, laisse entendre quant à elle qu'il était sans doute " le fils d'un souverain détrôné. "

Par le recoupement d'autres témoignages, certains historiens sont tentés de voir en lui le fils bâtard de la reine Marie-Anne de Neubourg et de son amant l'Amirante de Castille. Cette liaison adultère était un secret de polichinelle à la cour de Madrid. Dans le tumulte entourant la succession au trône d'Espagne à la fin du XVIIe siècle, cet enfant illégitime aurait été caché, puis séparé de sa mère pour vivre sous plusieurs identités. Le comte de Saint-Germain raconta au détour d'une conversation avec Mme de Genlis que "tout ce qu'il pouvait dire sur sa naissance, c'est qu'à 7 ans il errait au fond des forêts avec son gouverneur, et que sa tête était mise à prix !". Confié à un puissant parent de la reine, le duc de Toscane peut-être, l'enfant aurait reçu sa haute éducation auprès du dernier des Médicis, et hérité ensuite des domaines de sa mère dans le Palatinat allemand. Cette hypothèse est bien sûr à prendre avec des pincettes, mais elle a au moins le mérite d'expliquer de façon plus rationnelle l'origine de sa fortune, et de mieux comprendre son besoin viscéral d'être admis parmi ses pairs ou des monarques.

Faut-il donc voir une connotation symbolique dans le titre qu'il s'octroya ? Plusieurs indices poussent à la croire. Lorsqu'il se fixe en Allemagne à partir de 1777, le comte prend le nom de Welldone ou Weldon. A un ambassadeur de Frédéric II, il confie avoir pris auparavant le nom de Saint-Germain qui ne voulait rien dire d'autres que "Saint-Frère" (Sanctus Germanus). Pris dans son ensemble, le vocable sous lequel il se fit connaître peut même se traduire par compagnon (Comes) de la Sainte Fraternité.

Dans un siècle qui voit éclore la franc-maçonnerie, ses liens avec les obédiences mystiques sont plus ou moins perceptibles. Au prince de Hesse, chez qui il termine ses jours "officiellement", il déclare peu de temps avant de mourir être " le plus ancien des maçons . " Le fantasque Cagliostro affirmait de son côté avoir été "l'aprrenti" de Saint-Germain. C'est dans la cellule romaine de ce même Cagliostro, que fut découvert l'ouvrage hermétique intitulé Très Sainte Trinosophie, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Troyes et attribué au comte de Saint-Germain.

La fin du XVIIIe siècle, la plupart des loges maçonnes s'intéressent à l'alchimie sur un plan strictement spéculatif et symbolique. Certains textes portés au crédit de Saint-Germain, comme ce curieux Sonnet sur la création, montrent que sa recherche de la pierre philosophale vise au perfectionnement de l'âme et accessoirement, à la conservation optimale de l'aspect physique.

Les registres de l'église d'Eckenförde, en Allemagne, renferment le procès-verbal suivant :

" Décédé le 27 février, enterré le 2 mars 1784, celui qui se donnait le nom de comte de Saint-Germain et Welldone, sur lequel on n'a pas d'autres renseignements, a été inhumé dans l'église de notre ville. "


Un tel homme pouvait-il donc mourir ? Ses adeptes et détracteurs allaient se charger de le ressusciter en enrichissant sa légende.


source/Internet

Par patrick montaigut - Publié dans : Francs-Maçons Célébres - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Profil

  • Patrick Montaigut
  • Le blog de patrick montégut
  • Homme
  • 06/12/1948
  • Nord 59 BAVAY
  • cinéma photographie passionné peintures promenades
  • Patrick Montaigut:je suis né à BAVAY dans le nord (59)J'ai vécu dans ma vie , pas mal d'histoires bizarre ,dont le souvenir de deux vie antérieurs , le survol de ma maison par un ovnis de forme Cigare et la visite de fantôme.Je suis agnostique

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Texte Libre

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés