Du temps où je vous parle les hommes vivaient sous terre dans des trous plus ou moins grands selon la taille du groupe, et bien fermés de manière à ce que rien du monde d’en haut ne pénètre dans leurs foyers.
Il n’y avait pas de temps, et ils vivaient continuellement dans le noir
Ils se retrouvaient souvent pour se raconter des histoires de là hauts alimentées par les rares éléments qui leur parvenaient, comme ce chant du coq qu’ils entendaient parfois et qui les mettaient dans une grande terreur.
Le héros de notre histoire vivait seul, dans un tout petit trou. Malgré toutes les précautions de construction prises il s’aperçut qu’un mince filet de lumière venait lui chatouiller les paupières à certains moments.
N’importe quel autre habitant aurait eu tôt fait d’appeler le réparateur de terrier pour y remédier….Mais notre homme pour une raison qu’il ne connaissait pas ne l’a pas fait. Sa curiosité a été plus grande que sa peur.
Il se sentait attiré il se surprit même à se hisser au plus haut pour agrandir le trou, mais pas trop quand même. Il se gardait bien de partager cela avec ses congénères qui n’auraient pas compris. Aussi s’installa t’il dans un silence qui lui laissait la place pour des réflexions qu’il n’avait jamais eues et aussi des envies des désirs…. d’aller voir le monde d’en haut !!
Il entreprit donc d’agrandir son trou juste un peu, petit à petit la lumière inonda son habitation ce qui eu pour effet de l’aveugler, il lui fallut un certain temps pour qu’il s’habitua et n’eut plus mal aux yeux, sans compter cette peur au creux du ventre tant tout cela était étrange déstabilisant surtout cette lumière qui étrangement n’était pas là tout le temps.
Il décida que le lendemain il ferait sa première sortie dans le monde d’en haut dans le secret le plus total.
C’est ce qu’il fit. Avec une grande appréhension, il sortit la tête timidement en premier.
Ce qu’il vit le surpris : une succession de dalles blanches et noire tapissaient le sol semblait –il à l’infini.
Il sortit complètement, et commença à marcher avec prudence, depuis sa hauteur d’homme il comprit que les dalles n’étaient pas infinies, qu’elles s’inscrivaient dans une forme définie et formaient ainsi un pavé.
Chaque fois qu’il mettait son pied dans une case un mot apparaissait par ex sur une dalle blanche il vit apparaitre le mot blanc puis lorsqu’il mit le pied sur la dalle noire à côté, il vit apparaitre cette fois le mot noir.
Et ainsi de suite, il vit surgir les couples de mots amour haine, peur courage, petit grand, bien mal, haut bas, beau laid…
Il trouva même l’exercice amusant, il parcouru ainsi l’ensemble du damier, sautillant d’une case à une autre. Il se mit même à rire aux éclats il y a si longtemps qu’il n’avait pas rit comme ça, il était comme dans un jeu…
Puis la lumière diminua, alors seulement il regarda le ciel de couleur grise qui s’atténua peu à peu.
Il rentra vite chez lui, plein d’expériences étranges qui le laissaient interdit et qui l’empêchèrent de trouver le sommeil.
Il réfléchit à ces paires de mots. Il pensa que les mots qui lui semblaient positifs étaient sur les cases blanches et ceux pour lui négatifs étaient sur les cases noires..
Il s’était tant amusé dans ce monde de contrastes.
Il se dit si j’enlève les cases noires je vais sans doute rendre le monde d’en haut plus parfait.
Le lendemain tout investit de cette mission qu’il s’était assigné, il entreprit d’enlever une à une les cases noires, laissant derrière lui un pavé immaculé.
Satisfait il rentra chez lui pressé que la lumière d’en haut revienne le lendemain et lui révèle les changements qu’il avait apportés à ce monde tout étrange dont il se sentait un peu le maître.
Mais la lumière d’en haut était devenue si faible qu’il ne se réveilla pas tout de suite.
Quand il ouvrit les yeux il comprit que quelque chose n’était comme d’habitude.
Il remonta rapidement et qu’il vit le laissa déconcerté.
Le damier était devenu tout gris, d’un gris morne, terne.
Le ciel semblait s’être rapproché, laissant l’ensemble de ce monde dans cette teinte indistincte et si triste.
L’homme ne comprit pas, plus rien ne lui donnait envie d’explorer plus avant ce monde qui lui paraissait si riche…
Il se sentait triste si terriblement triste…
C’est dans cet état qu’il rentra chez lui où le sommeil ne le trouva pas.
Que s’est-il passé, cela n’est pas ce qu’il avait voulu faire…
Il réfléchit à ce monde devenu éteint dès qu’il a enlevé les cases noires : ainsi donc les oppositions nous sont essentielles, témoigneraient –elles de l’ensemble de notre nature, et ainsi se complèteraient-elles ? J’ai voulu améliorer ce monde je l’ai rendu comme le notre, sans couleur, sans aspérité.
Je l’ai soumis à ma seule vision, j’ai pensé ce qui n’était pas bon au regard de mes seuls critères.
Dans ce monde là haut notre nature est duelle. Tuons une partie de nous et l’autre meurt aussi.
Le lendemain au chant du coq il savait ce qu’il fallait faire : remettre les cases noires.
C’est ce qu’il fit. Il s’assura que tout était bien en place il se mit même à les compter, pour mieux les contenir : 108 cases
Une fois les cases noires en place les blanches réapparurent plus éclatantes que jamais, le ciel semblait s’être éloigné, et la lumière baigna le tout dans l’intensité qu’il avait connue.
Il rentra, il pressentait que bientôt il quitterait le monde d’en bas, il le ferait dès le prochain chant du coq si régulier, un repère qui avait frappé son esprit, lui fit comprendre que dans le monde d’en haut il y un temps qui marque les périodes de nuit et de jour.
Et puis aussi la nuit, le jour ! Une autre opposition qui lui fit comprendre, que, les lignes qui séparent les cases sont nécessaires pour explorer une réalité inconnue de lui, à la bordure du chaos et pourtant ancrée sur des bases sur lesquelles il pouvait s’appuyer.
Alors il n’aurait plus jamais peur, d’aller vers des voies nouvelles, de confronter ses certitudes, de jouer avec des idées nouvelles.
L’avenir s’élargissait, comme s’il poussait les murs de son ancienne maison.
Ce jour là il sut qu’il ne retournerait plus jamais dans le monde d’en bas.
Quand il sortit à la place du pavé noir et blanc il y avait un chemin qu’il emprunta d’un pas assuré confiant et heureux.
Il y avait des couleurs, le ciel était bleu ! Il reconnu même le coq qu’il n’avait jamais vu, grâce à son chant, qui l’avait guidé, instaurant un temps nouveau pour lui.
Que ses plumes étaient belles et combien il n’avait plus rien d’effrayant !!!
D’autres femmes et hommes étaient là aussi ils lui souriaient, l’embrassaient, l’encourageaient dans sa marche, il n’était plus seul.
A un moment ils passèrent 2 colonnes.
Une femme se tenait sur celle de droite, elle lui prit la main.
Une forte douleur se manifesta entre ses deux yeux.
La femme lui dit que ce n’était pas grave que c’était son 3ème œil qui cherchait à se manifester.
Alors il oublia sa douleur et se dit, que c’était sans doute cela, marcher les pieds sur terre et la tête dans les étoiles !!!
J’ai dit .°.